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American Ninja [Sam Firstenberg]

 

Poster du film de la cannon American Ninja 1985

 
Réalisation : Sam Firstenberg

Année : 1985

Pays : États-Unis

Casting : Michael Dudikoff, Steve James, Judie Aronson

Durée : 1h35

Note : 4/6 (MacReady)

       3/6 (Dahlia)  


En 1985, la Cannon Films est au sommet de son art. Enfin, de son art… disons plutôt de son business. L’entreprise de Menahem Golan et Yoram Globus, ces deux infatigables vendeurs de rêve (et de bandes-annonces et d'affiches de films pas encore tournés), a trouvé son public : les amateurs de films d’action, produits à la chaîne, rentabilisés au centime près et expédiés dans les vidéoclubs du monde entier par paquets de douze. Je veux dire, faut bien se rendre compte : rien que pour l'année 85, c'est au moins une vingtaine de films produits, tournés, exploités. Quand même. C'est plutôt beaucoup. Et c'est plus ou moins le même rythme tous les ans. En gros : un raz-de-marée. Après avoir conquis le marché du vigilante movie moustachier avec Charles Bronson (Death Wish 2 en 82 et 3 en 85), puis celui de la propagande barbue avec Chuck Norris (Portés disparus en 1984, sa suite et Invasion U.S.A en 1985), sans oublier le contrat qu'ils viennent de signer avec Tobe Hooper (Lifeforce en 85, le remake de L'Invasion vient de Mars et, surtout, son génialissime Massacre à la Tronçonneuse 2 en 86), il était quand même temps de revenir aux fondamentaux : les ninjas. Ce filon, la Cannon l’a déjà testé avec une trilogie... improbable : Enter the Ninja (1981), Revenge of the Ninja (1983) et l'incroyable Ninja III: The Domination (1984), avec sa prof d'aérobic fluo possédée par l'esprit... [attention spoiler] ...d'un ninja. Mais après tout ça, Golan et Globus voient plus grand, plus loin, plus fort : un American Ninja

 

Michael Dudikoff  devant un drapeau Américain et la photo de Ronald Reagan
(Bon, en vrai, je sais pas trop si on capte si bien que ça qu'il est Américain)


Le script est écrit en quelques semaines, sans trop s’embarrasser de complexité, et la réalisation est confiée à Sam Firstenberg, l’homme de confiance de la Cannon pour tout ce qui touche de près ou de loin à la discipline des arts martiaux en pyjama sur trampoline. Après avoir réalisé Revenge of the Ninja et Ninja III: The Domination, il connaît la recette : de la bagarre, un soupçon de romance dispensable et une réalisation digne des meilleurs - j'insiste, des meilleurs !! - épisodes de L'Agence tous risques. Moi, ça me rend heureux. Mais le truc important à ce stade, c'est quand même de savoir de quoi ça cause ?

L'histoire : Joe Armstrong, un soldat américain, est stationné aux Philippines. Il y affronte une organisation de ninjas qui vole les armes de l'armée.

 

Black Star Ninja, le méchant du film

Oui bon... Alors l’histoire avance par à-coups dans la gueule un peu mou. Faut l'admettre. C'est pas le plus rigolo des Cannon, c'est pas le plus bourrin non plus. C'est juste passable. Alors, j'ai grandi devant, je me déguisais en ninja en sautant partout et en essayant de grimper aux arbres, donc je pourrai jamais être objectif. Mais voilà, c'est pas non plus foufou. C'est pas foufou, mais y a des ninjas ! Et ça, c'est trop super ! (Oui, je prends l'analyse cinématographique très au sérieux.) Alors tout y passe un peu : bastons dans la jungle, attaques dans des entrepôts, explosions en série. Les personnages sont des archétypes ambulants – le héros taciturne, le comparse musclé, la demoiselle en détresse. Bon. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi ? À l'époque, y avait pas ChatGPT, y avait Mémé et Yoyo. Pourquoi pas, après tout.


Une armée de Ninjas Noirs

À l’origine, le rôle principal devait être tenu par Chuck Norris. Mais l’acteur, qui a des principes (moui), refuse de porter un masque de ninja qui cacherait sa sainte républicaine barbe. Un homme a le droit d'être coquet. La Cannon doit donc trouver un remplaçant et mise sur Michael Dudikoff, un acteur quasi inconnu qui, problème, ne connaît rien aux arts martiaux. Qu’à cela ne tienne, il sera formé à la va-vite et compensera son manque de technique par une expression faciale unique. Alors, je dis ça, mais je l'aime bien Dudikoff. Il passe bien à l'écran. Par miracle, ça fonctionne. Son charisme étrange, mélange d’intensité molle et d’absence totale d’émotion mal-à-l'aise-mais-cool-chelou, colle assez bien à son personnage.

 

Michael Dudikoff, le James Dean de la Cannon

À ses côtés, Steve James, lui, véritable karatéka et acteur sous-exploité (entre-autres) de la Cannon, apporte une énergie, une présence physique et une hyper fun badass attitude mais décontract'-mec qui relèvent le niveau global (et pas Globus) – alors on a pu le voir auparavant dans des rôles secondaires musclés, notamment dans The Soldier (1982) ou Vigilante (1983), et même dans le génial Police fédérale, Los Angeles de William Friedkin. Ensuite il poursuivra sa carrière dans des productions d’action comme Delta Force (1986) ou Avenging Force (1986). Pratiquant sérieux des arts martiaux, ceinture noire en karaté et escrimeur accompli, James avait un vrai bagage qui contrastait avec les gesticulations approximatives de son partenaire. Il est le vrai point fort du film. Il est super cool. Pareil, il me rend heureux dès qu'il est à l'écran.

 

Steve James avec une mitraillette à la Rambo
 

Visuellement, American Ninja fait avec les moyens du bord. C'est à dire pas grand chose. La photographie d’Hanania Baer (déjà derrière la photo de Ninja III : The Domination et plus tard du super - je suis très premier degré - Les Maitres de L'univers avec Dolph Lundgren) assure un minimum de lisibilité, même si tout ça transpire le manque de budget. Mais pourtant, financièrement ça marche plutôt bien. Budget : 1 million. Recettes : 10,5 millions de dollars monde. Alors c'est pas non plus Avatar, mais pour l'époque c'est plus que solide. Et puis bien sûr, là où American Ninja va vraiment marquer les esprits, c’est évidemment en VHS. Grâce à la magie des vidéoclubs et des bandes dégueulasses et parasitées, le film devient culte, entraînant une avalanche de suites et installant Dudikoff comme une icône du cinéma d’action bis - et poussant donc l'enfant que j'étais à se déguiser en ninja et à balancer sur ses copains d'authentiques shurikens que d'amusés vendeurs de fêtes foraines (voire carrément d'armureries) nous vendaient en riant - oui, comme dans un des mortels épisodes de South Park. C'était ça, les années 80. Je sais même pas comment on a fait pour survivre.

 

Michael Dudikoff dans le final

Mais bref, American Ninja, donc, c’est quand même hyper sympa : les ninjas font du trampoline, le scénario... est là, et Dudikoff a l’air de découvrir ses répliques en même temps que le spectateur. Mais c’est aussi un condensé de ce que la Cannon savait faire de mieux : du film vite fait, vite consommé, de l’action, un concept rigolo et une espèce de décontraction cool "je-m'en-foutiste" pas prise de tête dans l'élaboration et la fabrication, et le tout, aujourd'hui - me concernant en tout cas - dégage quand même un certain charme, une bonne ambiance communicative tout en simplicité, tout en ligne droite. Convivial. Et qui, donc, me rend si heureux. Un film qui, malgré tous ses défauts, reste néanmoins fun et même assez sincère dans son objectif d'actionner de comptoir. Ah, et la B.O est in-croy-able. Cette petite trompette du bonheur là... un régal.


-MacReady-

 

Autre critique de films de la Cannon présente sur le blog :  

- Cyborg

 

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